Le 13 octobre 1972, un avion de la force aérienne uruguayenne transportant 45 passagers — dont une équipe de rugby — s’écrase dans la cordillère des Andes, à plus de 3 500 mètres d’altitude. Ce qui suit va devenir l’une des histoires de survie les plus marquantes du XXe siècle. Pendant 72 jours, les survivants vont affronter le froid extrême, la faim, les avalanches et des choix impossibles.
Le crash dans les Andes #
Le vol 571 de la Fuerza Aérea Uruguaya relie Montevideo à Santiago du Chili. À son bord, les joueurs du Old Christians Club, leurs familles et quelques amis. Lors de la traversée des Andes, le pilote commet une erreur de navigation fatale : il entame la descente trop tôt, alors que l’avion survole encore les sommets. L’appareil percute une crête à grande vitesse. Les ailes sont arrachées, le fuselage glisse sur un glacier avant de s’immobiliser dans un vallon enneigé.
Douze personnes meurent sur le coup ou dans les heures qui suivent. Les survivants, blessés pour la plupart, se retrouvent à des milliers de mètres d’altitude, sans équipement de montagne, sans nourriture, avec des températures nocturnes qui descendent à moins 30 degrés. Les quelques barres chocolatées et bouteilles de vin récupérées dans les débris ne dureront que quelques jours.
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L’avalanche qui a tout aggravé #
Les premiers jours, les survivants gardent espoir. Ils entendent des avions de recherche survoler la zone. Mais la carlingue blanche, enfoncée dans la neige, est invisible depuis le ciel. Le 21 octobre, huit jours après le crash, ils apprennent par une radio portable que les recherches ont été officiellement abandonnées. Le monde les croit morts.
Puis, le 29 octobre, une avalanche dévale la montagne et s’engouffre dans le fuselage ouvert pendant la nuit. Huit personnes de plus périssent, étouffées sous la neige alors qu’elles dormaient. Les rescapés passent trois jours terrifiants, coincés dans un espace minuscule sous des mètres de neige compactée, avant de réussir à creuser un passage vers l’extérieur.
La décision la plus difficile de leur vie #
Avec la fin des maigres provisions, les survivants sont confrontés à un dilemme terrible. Le froid extrême empêche toute végétation de pousser, il n’y a aucun animal à chasser. Après de longues discussions, des prières et des larmes, ils prennent une décision qui hantera certains d’entre eux toute leur vie : se nourrir de la chair de leurs compagnons décédés, conservée naturellement par le gel.
Cette décision, ils la décrivent comme un acte de communion, un dernier don de ceux qui sont partis pour que les autres puissent vivre. Roberto Canessa, l’un des survivants qui deviendra cardiologue, dira plus tard : « Les morts nous ont nourris pour que nous puissions raconter leur histoire. » Ce choix, tabou et incompréhensible pour beaucoup, leur sauvera la vie.
La marche de la dernière chance #
Après deux mois d’attente, il devient évident que personne ne viendra. Nando Parrado et Roberto Canessa, les deux plus résistants du groupe, décident de tenter l’impossible : traverser les Andes à pied pour chercher du secours au Chili. Sans carte, sans équipement d’alpinisme, vêtus de vêtements légers et de chaussures de ville, ils se lancent dans une marche de dix jours à travers des cols enneigés culminant à plus de 4 500 mètres.
Ils souffrent du mal d’altitude, de l’épuisement, de la déshydratation. Ils dorment à même la neige, sans tente ni sac de couchage. Quand ils atteignent enfin la vallée chilienne et croisent un berger de l’autre côté d’une rivière, ils ont parcouru plus de 60 kilomètres dans les conditions les plus hostiles de la planète. Le berger lance un papier et un stylo attachés à une pierre. Parrado écrit : « Je viens d’un avion qui est tombé dans les montagnes. »
Le sauvetage et l’après #
Le 22 décembre 1972, les hélicoptères de l’armée chilienne atteignent le site du crash. Seize survivants sont évacués, 72 jours après l’accident. Le monde entier découvre leur histoire avec un mélange de fascination et d’horreur. La révélation de ce qu’ils ont dû manger pour survivre provoque un immense débat éthique.
Pourtant, au-delà de ce détail macabre, c’est l’extraordinaire solidarité du groupe qui frappe. Ces jeunes hommes ont partagé chaque goutte d’eau, chaque miette de nourriture. Ils se sont organisés, ont soigné les blessés, ont maintenu un moral collectif face à l’impensable. Plusieurs sont devenus médecins, avocats, entrepreneurs. Tous ont consacré une partie de leur vie à témoigner.
Nando Parrado résume leur épreuve en une phrase : « La montagne ne nous a pas vaincus parce que nous avons refusé de mourir seuls. » Plus de cinquante ans après, les survivants du vol 571 se retrouvent encore chaque 22 décembre pour célébrer leur deuxième naissance — celle que la cordillère des Andes leur a offerte au prix du sacrifice ultime.